Chapitre 6 : Le palais
Nathalie regardait de tous côtés, tandis qu’elle se promenait dans les rues encombrées de Thèbes, la grande métropole égyptienne. Ce matin-là, Kiru et Nathalie accompagnaient Aménos au palais où il travaillait. Le soir précédent, Kiru avait présenté Nathalie à son père qui avait repris son air enjoué.
Amémos autorisa Kiru et Nathalie à l’accompagner au palais, car le garçon lui avait dit qu’il n’y avait pas classe. Aménos ne s’était pas rendu compte que
son fils lui avait menti. Il voulait lui faire plaisir. Celui-ci semblait si heureux de faire visiter à son amie ce lieu magnifique.
Ce soir là, les enfants avaient dû se coucher tôt, car le lendemain, ils se lèveraient à l’aube.
Dans la rue, Nathalie était impressionnée par l’agitation qui régnait dans la ville. Dès
qu’elle partit de la maison, elle ne lâcha pas la main de Kiru. Mais, elle fut vite rassurée, Aménos ne quittait pas des yeux les enfants. Il prit sous sa protection la petite fille. Elle lui avait dit qu’elle ne connaissait pas Thèbes, puisque ses parents venaient de s’installer dans la région. Dès lors, il lui expliqua ce qu’elle voyait :
– Tu vois, ces maisons sont fabriquées avec des briques en terre crue. Ces briques sont constituées à partir de paille et d’argile, mélangés par les esclaves. Cette préparation est ensuite transvasée dans des moules. Les briques durcissent après une exposition prolongée au soleil.
Aménos et les enfants traversèrent ensuite le quartier des commerçants. Des échoppes diverses étalaient leurs marchandises pour appâter d’éventuels clients. Chez un marchand d’étoffes, des mètres de tissu recouvraient le comptoir. Un homme ventait à une femme la qualité de son huile conservée dans des amphores. En passant devant une autre où des fruits délicieux étaient exposés aux yeux de tous, Nathalie, gourmande comme elle l’était, s’imagina mordre dans une figue juteuse. Elle restait attentive à tout ce qui se passait autour d’elle. Des hommes sculptaient la statue en pierre d’un inconnu, dans la fraîcheur de leur atelier. Les rues étaient bruyantes : les marchands interpellaient les clients afin de vendre leurs marchandises, des groupes de gens discutaient, les chevaux hennissaient dans le choral d’une écurie, les roues d’un char appartenant à un riche notable crissaient en roulant à vive allure sur la route.
Au coin d’une rue, Nathalie vit un homme, accroupi par terre, adossé à un mur ; il écrivait sur un rouleau de papyrus déroulé sur une tablette en bois. Elle demanda à Kiru :
– Kiru, qu’est-ce que fait cet homme ?
– C’est un scribe. Quand une personne veut écrire un message, elle fait appelle à lui. Son travail est d’écrire pour les autres. Les pauvres ne savent pas écrire, alors que les scribes ont appris à dessiner les hiéroglyphes. Très jeunes, les enfants veulant devenir scribe, vont dans une école spéciale. Moi aussi j’y vais. J’ai même un professeur très sévère. Si je ne lui obéis pas, il me bat.
Nathalie était impressionnée de ce que lui avait dit Kiru. Sa maîtresse, une jeune femme très gentille, était aimée par ses élèves. Elle ne donnait presque jamais de punitions. Nathalie n’aurait pas voulu être à la place de Kiru, elle préférait son institutrice.
Aménos et les enfants s’éloignèrent du quartier des commerçants. Les échoppes laissaient la place à des villas ressemblant à celle de Kiru.
Nathalie écarquilla les yeux lorsqu’elle vit devant elle l’imposant palais. Elle ne s’attendait pas à ce qu’il soit aussi grand. Elle n’était pas tranquille lorsque le petit groupe emprunta l’allée des sphinx. Deux robustes soldats gardaient l’entrée où deux immenses statues en pierre l’encadraient. Ils portaient une sorte d’armure et tenaient une lance, prêts à s’en servir si une personne voulait entrer de force. Nathalie avait peur de passer entre eux. Elle n’avait même pas osé lever la tête pour admirer les statues. Aménos attira son attention :
– Si tu lèves la tête, tu pourras apercevoir la loggia. Lors de certaines cérémonies, le pharaon et sa famille sont debout sur ce balcon, afin de saluer le peuple.
Aménos et les enfants passèrent sous le porche et traversèrent la grande cour qui mesurait plusieurs dizaines de mètres de long. En levant la tête, Nathalie put admirer le ciel bleu azur. Son regard fut aussi attiré par les colonnes décorées de fresques qui entouraient la cour. Elle n’eut pas le loisir de voir de plus prêt les peintures murales ; elle devait rejoindre Kiru et son père qui s’éloignaient à grands pas. En cette heure matinale, le palais était peu fréquenté. Ils ne croisèrent personne jusqu’au bureau d’Aménos où un homme les attendait. Aménos fit les présentations :
– Nathalie, je te présente Théosis, le meilleur scribe que je connaisse.
– Théosis, je te présente Nathalie, une amie de mon fils. Je n’ai pas besoin de te présenter Kiru que tu connais déjà.
Théosis salua la petite fille :
– Nathalie, je suis très content de faire ta connaissance.
Nathalie rougit, elle n’avait jamais vu un homme si beau et paraissant si intelligent, lui montrer de telles intentions.
Théosis demanda à Kiru :
– Pourquoi es-tu venu au palais ?
Kiru lui répondit :
– Je voulais montrer le palais à mon amie. Elle n’y a jamais été.
Kiru avait su quoi lui répondre, car avant de venir, il avait préparé ce qu’il devait dire si on lui posait cette question.
Après ces salutations, Théosis informa Aménos que le pharaon serait absent aujourd’hui, parce qu’il était parti à la chasse au lion. Dès lors, le vizir avait tous les pouvoirs. Comme Aménos devait passer la journée à retrouver le voleur du héqua, il sera trop pris pour s’occuper des enfants. Il leur dit :
– Je ne peux pas m’occuper de vous, car j’ai trop de travail. Il s’adressa à Nathalie, j’espère que tu n’es pas déçue. Mais, je suis persuadée que Kiru te fera visiter le palais mieux que moi. Il le connaît par cœur, dans ses moindres recoins. Je suis persuadé qu’il est au courant de passages secrets qui me sont inconnus, ajouta-t-il, en jetant un regard malicieux à son fils.
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