Chapitre IV : La terrible nouvelle
– Ouh, ouh ! Où es-tu ? Cria Kiru.
Après avoir terminé sa rédaction qui lui avait paru interminable, Kiru se mit à la recherche de Nathalie dans tous les recoins de la maison et du jardin. Il se dit : « Mais où s’est-elle fourrée ? En plus la maison est grande, j’espère qu’elle ne s’est pas perdue. »
Il fit le tour du jardin, il ne la trouva toujours pas. Il le devait absolument, sa mère lui avait annoncé que le dîner sera bientôt servi. Les enfants mangeaient avant les adultes, car son père rentrait tard le soir. Kiru se rendit aux écuries, mais il ne la vit pas. Il avait chaud à force de courir dans tous les sens, il s’arrêta alors à la fontaine pour s’asperger le visage avec de l’eau fraîche. Fatigué d’avoir tant marché, il s’assit sur le rebord en pierre. Soudain, il trouva dans l’herbe une sandale en cuir rose à fleurs brodées. Il comprit que Nathalie ne devait pas être très loin. Il l’appela à nouveau ; mais elle ne répondit toujours pas. Angoissé, il allait partir quand il aperçut quelque chose bouger à travers les feuillages. Il courut voir ce que c’était. « Ouf, c’est Nathalie », se dit-il, soulagé de ne plus avoir à marcher. Nathalie était tellement absorbée dans ses pensées qu’elle ne s’était pas rendue compte que le temps avait passé si vite. Il attira son attention :
– Ouh ! Ouh ! Nathalie ! Ca va ? Demanda-t-il. Je t’ai cherché partout, j’ai cru que tu étais partie. Qu’est-ce que tu as fait en m’attendant ?
– Il fait tellement chaud que je me suis assise sous cet arbre, après avoir plongé mes pieds dans l’eau fraîche. J’ai admiré les fleurs de ton jardin. Elles sont si belles.
En racontant son après-midi, elle avait omis d’avouer qu’elle s’était gavée de dattes. Il lui dit :
– Je vois que tu as visité le jardin. Demain, je te montrerai l’écurie. Mais il est temps d’aller manger. Je t’ai ramené tes sandales et tes… Comment ça s’appelle ?
– Ce sont des chaussettes. Je te remercie, dit-elle en les prenant.
Durant le dîner, les enfants purent apprécier un délicieux poisson cuisiné avec une sauce au miel, ainsi que d’autres mets aussi bons. Nathalie n’avait jamais mangé une telle cuisine ; pourtant elle ne fit pas la difficile. Elle goûta à tous les plats qu’on lui présenta, même si elle n’avait plus tellement faim. Au dessert, les enfants eurent des dattes présentées en une pyramide. Nathalie n’en avait jamais vues d’aussi grosses, même celles qu’elle avait mangées à la dérobée dans le jardin, n’étaient pas ainsi. Loin d’être rassasiée de ce fruit, elle en ingéra un grand nombre.
Dès la fin du repas, les enfants se réfugièrent dans la chambre de Kiru. Nathalie s’intéressa à un rouleau de papyrus soigneusement rangé sur une étagère. Elle le déroula.
– Qu’est-ce qui est écrit sur cette feuille ? Demanda-t-elle.
– C’est un vieux conte. Tu veux que je te raconte cette histoire ?
– Oh, oui ! Répondit-elle joyeusement. Attends ! Je m’installe.
Elle s’allongea par terre sur le ventre, prête à écouter ce conteur improvisé.
– C’est l’histoire d’un marin qui est parti sur un grand navire, afin de se rendre dans un pays où il y a les mines de cuivre du pharaon. L’équipage se composait de cent vingt marins, choisis parmi les meilleurs. Un jour, une terrible tempête se leva et le navire sombra. Tout l’équipage mourut, il fut noyé dans la mer déchaînée, sauf le marin. Il avait réussi à s’accrocher à une planche du bateau. Il dériva pendant trois jours. Le troisième jour, il accosta sur une île où poussaient des fruits avec lesquels il put se nourrir. Ce même jour, il entendit un bruit de tonnerre. Les arbres s’abattirent sur le sol et la terre trembla. Il eut si peur qu’il se cacha les yeux avec les mains. Lorsqu’il les enleva, il vit un grand serpent qui brillait comme de l’or au soleil. Le reptile prit le naufragé dans la gueule et l’emmena dans sa caverne. Il lui dit amicalement : « Tu dois rester quatre mois dans l’île pour le bon plaisir des dieux. Si tu supportes ton sort pendant tout ce temps, un navire viendra d’Egypte. Il te reconduira auprès de ta femme et de tes enfants. » Le marin fut si heureux d’être encore en vie qu’il promit au serpent de demander au pharaon d’envoyer d’Egypte un navire rempli de trésors. Le serpent lui répondit que ce n’était pas nécessaire, car il était le riche roi de Pount et n’avait besoin que d’un ami pour lui tenir compagnie. Il ajouta que cette île s’engloutira dans la mer, dès que le marin aura quitté l’île. Après quatre longs mois, un navire égyptien arriva dans l’île. Comme le serpent l’avait promis au marin, il le relâcha. En outre, il lui offrit une cargaison de myrrhe, une résine odorante, d’huile parfumée, de cannelle, d’ivoire, de fourrures, des lévriers, des singes et bien d’autres trésors. Le marin revint dans son pays et devint un homme très riche.
– Comme elle est belle ton histoire ! C’est la première fois que j’en entends une avec un gentil serpent.
– Oui, ici les serpents sont un symbole de protection, notamment de la famille royale.
Plus tard, il lui proposa :
– Comme nous n’allons pas nous coucher tout de suite, nous pourrions jouer à la balle dans le jardin.
– Oui, bonne idée !
Les enfants étaient tellement occupés à se lancer mutuellement la balle qu’ils n’entendirent pas le père de Kiru rentrer du palais. Dès qu’un esclave les prévint, le visage de Kiru s’illumina :
– Vient Nathalie ! Je vais te présenter mon père. C’est l’homme le plus important après le vizir. Ajouta-t-il plein de fierté.
Les parents étaient installés dans des fauteuils au centre du salon donnant sur le jardin. Les enfants s’approchèrent à pas de loup ; Kiru voulait faire une surprise à son père. Quand il vit son visage préoccupé, il devint anxieux à son tour. Il se dit : Qu’est-ce qui peut bien se passer ? « Nathalie et lui, cachés derrière une colonne, restèrent à écouter les adultes discuter. Même s’il savait qu’il n’en avait pas le droit, il écouta attentivement la conversation.
Thouéris, n’ayant pas vu les enfants, demanda à son mari :
– Je suis inquiète pour toi. Tu n’es pas aussi enjoué que d’habitude. Il s’est passé quelque chose aujourd’hui ?
Aménos marcha de long en large.
– Je ne sais pas si je devrais t’en parler.
Thouéris lui prit sa main.
– Tu sais que tu peux tout me dire. Cela fait si longtemps que nous sommes mariés.
D’un air grave, Aménos se mit à raconter.
– Cette après-midi, je vérifiais que les moyens de sécurité soient en place pour la prochaine visite du roi nubien qui doit venir d’ici quelques jours. Mais, j’ai été interrompu dans mon travail par un prêtre. Si tu avais vu sa tête, il semblait accablé. Il me dit : « il y a une catastrophe ! »Je lui ai demandé de quoi il s’agissait. Le prêtre jeta des regards anxieux dans la salle où nous étions avant de me murmurer à l’oreille: « Le héqua a disparu. » Tu te rends compte ! le héqua…volatilisé…pfuit ! C’est une nouvelle terrible, le pouvoir du pharaon est en péril, ma propre vie est en danger, et par là même la votre, Kiru et toi. Je dois absolument le retrouver » dit-il, d’une voix haletante et le regard désespéré. Thouéris, mon amie, n’a-tu pas une idée à me soumettre ?
Thouéris, toujours sereine et ayant toujours montré une confiance sans faille à son époux, lui sourit :
– J’ai foi en toi. Je suis persuadée que tu auras une idée. Bientôt, la cérémonie en l’honneur du roi nubien aura lieu et le héqua sera retrouvé. Mais, en attendant, tu dois reprendre des forces et te reposer. Demain, tes idées seront plus claires, tu trouveras sûrement une solution.
Durant toute la conversation, Kiru et Nathalie restèrent immobiles. Nathalie avait même retenu sa respiration de crainte qu’on s’aperçoive de sa présence. Kiru dont le visage devint blême, avait peur pour la vie de son père. Il savait qu’il pourrait être condamné à mort par le pharaon, si le voleur du héqua n’était pas retrouvé. Dès que les adultes s’éloignèrent, Nathalie interrogea son ami :
– Qu’est-ce qu’il se passe ? Ton visage est livide. Qu’est-ce que c’est un héqua ? Pourquoi ton père peut-il mourir ?
Kiru s’assit sur les marches de la terrasse. Après s’être ressaisi, il répondit à Nathalie:
- Le héqua est le sceptre du pharaon. Il représente la crosse du berger. Si mon père ne le remet pas à sa place, il sera sûrement condamné pour trahison envers le pharaon. En outre, le pharaon pourrait être renversé. Les prêtes pourraient en profiter pour prendre le pouvoir. Ils n’attendent que cela. Kiru prit une voix plus rassurante. Je suis sûr que mon père retrouvera le voleur, c’est un homme intelligent. Mais, en si peu de temps, il aura besoin d’aide.
Nathalie hésita, puis elle laissa échapper :
– Si nous l’aidions ? Nous pourrions chercher le voleur.
– C’est une bonne idée ! S’exclama Kiru. Comme nous sommes des enfants, les adultes ne se soucieront pas de nous, ils répondront plus facilement à nos questions. Demain, mon père doit se rendre au palais, nous pourrions aller avec lui. Je donnerais comme excuse que tu veux visiter le palais. Je pense que mon père sera d’accord. Il m’a déjà emmené plusieurs fois ; il adore que je vienne.
– Tu oublies que tu as école demain, lui rappela Nathalie.
– Ah ! Mince ! Je n’y avais pas pensé. Je dirais à mon père que demain l’école est fermée pour une raison quelconque.
– Je ne pense pas qu’il croit à ce mensonge, le prévint-elle.
– Si tu vas voir. Il est en ce moment tellement préoccupé qu’il ne vérifiera pas.
Ainsi, le reste de la soirée, les enfants échafaudèrent un plan pour déterminer ce qu’ils allaient faire le lendemain. Peu après, ils convinrent qu’ils allaient d’abord interroger le prêtre ayant découvert le vol.
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