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Dimanche 16 septembre 2007


Les enfants retournèrent à la salle des sceptres. Néophis se mit en colère en les voyant.
– Que faites-vous là les enfants ? Demanda Néophis. Je t’ai déjà dit Kiru, que tu ne peux pas rester ici.
Kiru tenta de calmer le garde.
– Néophis, nous ne voulons pas entrer. Nous voulons seulement vous poser des questions. Gueseh nous a dit que vous avez été remplacé juste avant le vol
– Oui, en effet. Le vizir m’a ordonné de prendre une pause. J’ai été remplacé par un garde qui surveille habituellement l’entrée du palais.
Nathalie, silencieuse jusque là, demanda au garde :
– Cela vous a-t-il semblé étrange qu’il vous demande cela ?
– Oui, un peu. C’est la première fois qu’il me demande une telle chose. Mais, je ne m’en suis pas formalisé. Le vizir a le droit de donner un tel ordre.
– D’accord !
Mais, Kiru ne put s’empêcher de poser une dernière question, je voudrais savoir comment le changement s’est effectué.
– A ce moment là, il y avait peu de soldats dans le palais, car le pharaon était parti. La plupart l’avaient accompagné. Pour trouver un remplaçant, je me suis rendu dans la salle de repos où le garde de l’entrée se reposait. Il accepta sans problème de me remplacer, si je lui rendais ce même service.
– Combien de temps se passa entre le moment où vous êtes parti et celui où votre remplaçant a pris son poste ?
– Environ dix minutes.
– Qui gardait la salle en attendant ?
– Le vizir. Il m’a assuré qu’il resterait là jusqu’au moment où on me remplacerait.
Néophis entendit soudain des voix qui raisonnèrent dans le couloir. Ils restèrent figés quelques secondes. Le garde dit d’une voix suppliante :
– Les enfants, ne restez pas là. Il s’adressa à Kiru. J’ai répondu à toutes tes questions, je ne sais même pas où tu veux en venir. Je ne veux même pas le savoir.
– Je vous remercie d’avoir répondu à toutes mes questions. Ne vous inquiétez pas, nous partons.

Kiru et Nathalie prirent un autre couloir qui n’en finissait pas. D’ailleurs, Nathalie se demandait où il menait. Finalement, ils retrouvèrent à nouveau dans les jardins. Kiru voulait être au calme afin qu’ils réfléchissent à l’affaire. Les enfants tinrent donc une conférence dans un bosquet de tamaris.
– Nous avons appris beaucoup de choses. Mais, cela ne nous dit pas qui est le voleur, énonça Kiru, déçu de cette matinée infructueuse.
– Nous devrions aller interroger le garde qui a aidé Gueseh.
– Tu as raison. J’aurais dû y penser plus tôt. Viens! Nous y allons tout de suite !
Ils se rendirent en courant à l’entrée du palais pour voir le garde remplaçant.
Dans la rue menant au palais, la ville était en effervescence : des chariots et des chars circulaient régulièrement, des personnes pauvres et riches entraient et sortaient du palais. Comme Nathalie était trop impressionnée par le garde, Kiru prit donc l’initiative de l’interroger.
– Bonjour ! Nous avons appris par Néophis qu’hier, vous avez changé de poste avec lui à la demande du vizir.
Le garde se mit en colère :
– Qu’est-ce que cela peut vous faire ? Je n’ai pas à répondre à tes questions, j’ai déjà répondu à celles que m’a posées le vizir.
Kiru tenta d’expliquer au garde la raison de ses questions :
– Excusez-nous si on vous pose toutes ces questions. Je suis au courant du vol. Je suis le fils d’Aménos. Il ajouta d’un ton rouchant. Il risque la peine de mort si on ne retrouve pas le voleur. Je voudrais seulement l’aider.
Le garde qui avait au fond un cœur d’or, se laissa attendrir.
– Que voulez-vous savoir ?
– Je voudrais seulement savoir si vous avez vu quelqu’un lors de la chute du prêtre ? Demanda Kiru.
– Non, je n’ai vu personne. Je crois que j’étais trop occupé par le prêtre. J’ai eu peur qu’il lui soit arrivé quelque chose.
Kiru et Nathalie, déçus de la réponse, laissèrent le garde à son poste. Ils traînaient dans la grande cour du palais, pendant que Nathalie énumérait les différentes informations qu’ils avaient recueillies :
– Le prêtre et le garde n’ont rien vu. Tout ce que l’on sait, c’est que le garde Néophis a reçu l’ordre de faire une pause. En attendant qu’il soit relayé, le vizir a gardé la salle. Nathalie émit une hypothèse. Et si le voleur était le vizir ? Il aurait profité de l’absence du garde pour entrer et voler le sceptre. D’un autre côté, les bruits de pas que le prêtre a entendus, ne sont peut être pas ceux du vizir.
Une lueur d’intelligence brillait dans les yeux de Nathalie ; elle était heureuse d’être proche de la solution de l’énigme. Au contraire, Kiru gardait son sérieux ; il restait de nombreuses interrogations. D’ailleurs, il avait dû mal à croire à la culpabilité du vizir. Il donna son avis à Nathalie :
– Mais, pour quelle raison, aurait-il fait cela ? Ce n’est pas son intérêt. Il est la personne la plus importante après le pharaon. Comme le pharaon n’a pas d’héritier, il a de forte chance d’accéder trône après la mort de celui–ci. Mais, si le sceptre n’est pas retrouvé, il sera le premier condamné.
– Il faut reconnaître que tout l’accuse.
– Oui, tu as peut être raison. Mais Kiru ne croyait pas ce qu’il disait.
Nathalie continua :
– S’il avait effectivement volé le sceptre, où le cacherait-il ?
Kiru réfléchit à cette hypothèse durant quelques secondes :
– Il pourrait le cacher dans son appartement. Personne n’oserait fouiller là, à moins que le pharaon l’ordonne.
Nathalie eut une idée :
– Si on inspectait son appartement, on le trouverait peut être. Ainsi ton père serait innocenté.
Kiru de nature aventureuse, trouvait cette fois ci Nathalie trop téméraire ; il chercha à tempérer son enthousiasme :
– Si on fait cela, on prend de gros risques. Tu te rends compte que si quelqu’un s’aperçoit qu’on s’est introduit chez le vizir sans son autorisation, on peut être condamné pour trahison.
– Je crois que tu t’inquiètes trop. Si on le fait pendant qu’il est absent, personne ne s’en rendra compte.
Kiru hésitait face au danger, Nathalie insista :
– Pense à ton père, au danger qu’il encoure. On recevra peut être une récompense.
Kiru pesa le pour et le contre. Il se rappela alors le visage inquiet de son père, il se décida :
– Je suis d’accord. Mais, il faut prendre toutes les précautions : il faut s’assurer qu’il n’est pas dans son appartement pendant plusieurs heures.
Nathalie demanda alors :
– Comment va-t-on savoir qu’il n’est pas dans le palais ?
– Je pourrais demander à mon père ; il au courant de tous ses allés et venus.

par Delphine Joly publié dans : Nathalie et le vol mystérieux
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Lundi 20 août 2007
Nathalie et Kiru parcouraient les couloirs du palais, éclairés avec de petites lampes à huile. Nathalie demanda à son ami :
– Qu’est-ce qu’on fait maintenant ?
– Il faut retrouver le prêtre qui s’est aperçu de la disparition du sceptre.
– Ensuite ?
– Ensuite, nous l’interrogerons. Il faut apprendre toutes les informations qui pourront nous être utiles.
– Tu sais où nous pourrions le trouver ?
– Nous pourrions aller dans la salle où les sceptres et les vêtements de cérémonie du pharaon sont rangés.
– Tu sais comment on s’y rend ? Ce palais est immense.
Kiru lui dit en rigolant :
– Ne t’inquiète pas ! Mon père te l’a dit, je connais le palais comme ma poche.
Les enfants empruntèrent un couloir étroit.
– Tu vois ce soldat, il garde la salle qui nous intéresse.
Ils s’approchèrent de lui. Kiru s’adressa à l’homme d’un ton affable :
– Bonjour Néophis !
– Bonjour Kiru ! Répondit Néophis surpris de le voir. Qu’est-ce que tu fais au palais ? Tu devrais être à l’école.
– Mon père m’a permis de l’accompagner, afin de montrer le palais à mon amie.
– Tu es seulement venu pour cela ? Demanda Néophis qui avait des doutes sur le but de la visite du garçon.
Comme Kiru savait que Néophis n’allait pas les laisser entrer dans la pièce, il tenta une ruse :
– Au fait, je voulais te demander si tu pouvais nous laisser entrer dans cette salle. Nathalie, ici présente, voudrait admirer les objets qui s’y trouvent.
D’une voix autoritaire, Néophis répondit :
– Kiru, je ne peux pas te laisser rentrer. Tu en auras l’autorisation que si tu es accompagné de ton père ou du vizir. Cela ne sert à rien d’insister, je ne cèderai pas. Il vaut mieux que tu t’éloignes d’ici.
Kiru et Nathalie étaient prêts à partir, mais Kiru voulut encore poser une question à Néophis :
– Je voulais te demander quel prêtre s’est rendu compte du vol ?
 Néophis comprit alors la véritable raison de la venue du garçon.
– Maintenant, je comprends pourquoi tu es ici. La visite du palais n’est qu’une excuse pour chercher le voleur du sceptre. C’est bien cela ?
– Oui, en effet. Je suis venu pour aider mon père. Je t’en prie aide-nous ! Supplia Kiru. Tu peux nous être utile.
– Je suis d’accord, mais je ne peux pas te renseigner, car je n’étais pas à ce poste hier. Selon une rumeur, ce serait le prêtre aveugle… Comment il s’appelle déjà ? Il se mit à réfléchir.
– Gueseh ! Cria soudain Kiru.
– Oui, c’est cela. Il se serait rendu compte du vol lors d’une inspection qu’il a effectué avec son assistant. Si tu le cherches, je ne sais pas où il se trouve. Je ne sais même pas s’il est au palais.
 
Kiru et Nathalie réfléchirent dans le couloir. Nathalie, adossée au mur, regardait ses pieds :
– Nous en sommes toujours au même point. Que faisons nous ?
Kiru cherchait une solution :
– Notre enquête n’a pas beaucoup avancé, à moins que Gueseh puisse  nous aider. Malheureusement, j’ignore où il est. On pourrait se rendre dans la grande cour, il y a tout le temps du monde. Une personne pourra bien nous apprendre où il se trouve.
Dans la cour peu fréquentée à cette heure, ils virent un esclave qui balayait. Nathalie qui voulait participer activement à l’enquête, demanda à Kiru  d’un ton suppliant :
– Est-ce que je peux l’interroger ?
– Oui, si tu veux, répondit-il.
Elle demanda à l’esclave avec politesse comme sa mère lui avait appris :
– Bonjour monsieur, je voudrais savoir où je pourrais trouver le prêtre Gueseh.
– Gueseh, il est dans le jardin du palais. Mais, continua l’esclave, presque offusqué, c’est la première fois qu’on ne m’appelle pas « esclave ». Ca veut dire quoi monsieur ? »
– C’est une façon de dire « esclave » répondit Kiru pour abréger la conversation. Nathalie rigola car Kiru ne savait pas non plus ce que ça signifiait
Nathalie n’eut pas le temps de demander plus de précisions, l’esclave s’éloigna. Kiru lui prit la main et courut la tirant par le bras.
– Je sais où est situé ce jardin. Viens !
 
Kiru conduisit sans difficulté Nathalie au jardin. Mais, il était immense.
– Comment crois-tu que nous allons le trouver ? Demanda Nathalie qui se sentait soudain perdue devant ce parc.
– Je sais où on peut le trouver. Quand il va dans le jardin, il se rend au bassin, pour nourrir les poissons.
 Kiru et Nathalie prirent une allée menant au plan d’eau. En effet, le prêtre y était. Il jetait du pain aux poissons rouges. Gueseh, aveugle depuis la naissance, avait les autres sens toujours en éveil ; il sentit Kiru s’approcher :
– Bonjour Kiru ! Comment vas-tu ?
– Je vais bien.
Pendant ces échanges de banalités, Nathalie regardait avec attention les vêtements du prêtre. Elle était très différente de celle du père de Kiru. Il avait la tête rasée et portait une sorte de longue tunique en lin grossièrement tissé. Tous les trois s’assirent sur un banc en pierre. Gueseh questionna Kiru :
– Que viens-tu faire ici ? J’espère que tu ne prépares pas une bêtise. Un silence se fit. « A moins que tu aies quelque chose à me demander, je me trompe ? »
– A vrai dire, je suis au courant de ce qui s’est passé hier après-midi. Je suis en train d’enquêter pour trouver le voleur du sceptre.
Gueseh essayait de prendre un air innocent.
– Je ne vois pas de quoi tu parles ?
– Ce n’est pas la peine de mentir. J’ai entendu de la bouche de mon père que le sceptre a été volé. Je sais aussi que c’est vous qui avez découvert le vol.
– Pourquoi veux-tu t’occuper de cela ? Ce n’est pas une affaire pour des enfants, voyons.
– Ecoutez Gueseh, je sais que mon père est en danger de mort. Je voudrais l’aider.
Après une minute de réflexion, Gueseh acquiesça, plein de compassion pour ce petit homme empreint de bonne volonté et de courage :
– Je comprends, ton père est un homme respectable. Je ne voudrais pas qu’il périsse pour une faute qu’il n’a pas commise. Que veux-tu savoir exactement ?
Kiru énuméra les informations dont il avait besoin :
– Je voudrais savoir à quel moment vous vous êtes rendu compte que le sceptre avait disparu ? Et si vous avez vu auparavant quelque chose d’anormal ?
– Je ne peux pas te dire l’heure exacte. Mais, avant d’entrer, je discutais avec le garde qui m’avait aidé à me relever, car je suis tombé. Rien ne me semblait anormal. Un détail lui revint en mémoire. Mais, en y repensant, au moment de la chute, j’ai entendu des pas. Ce sont peut être ceux du voleur. Mais, cela me paraît invraisemblable.
– Pourquoi ? Vous les avez reconnus ? Demanda Kiru intéressé par ce que le prêtre venait de lui apprendre.
– Je suis presque persuadé que les pas correspondent à ceux du vizir.
– Vous en êtes sûr ?
– Oui, j’en suis sûr. Cela fait des années que je connais le vizir, nous sommes bons amis, et nous nous rendons visite fréquemment, dit Gueseh d’un ton convaincu.
– Est-ce que le garde pourrait nous donner plus de précisions ?
– Le garde qui m’a aidé, n’était pas Néophis qui avait pris une pause à ce moment là. Je ne sais pas si ce garde a pu voir qui c’est. Mais, vous pouvez toujours l’interroger. Il pourra peut être vous renseigner.

par Delphine Joly publié dans : Nathalie et le vol mystérieux
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Lundi 13 août 2007
Chapitre 6 : Le palais
 
 
Nathalie regardait de tous côtés, tandis qu’elle se promenait dans les rues encombrées de Thèbes, la grande métropole égyptienne. Ce matin-là, Kiru et Nathalie accompagnaient Aménos au palais où il travaillait. Le soir précédent, Kiru avait présenté Nathalie à son père qui avait repris son air enjoué.
Amémos autorisa Kiru et Nathalie à l’accompagner au palais, car le garçon lui avait dit qu’il n’y avait pas classe. Aménos ne s’était pas rendu compte que
son fils lui avait menti. Il voulait lui faire plaisir. Celui-ci semblait si heureux de faire visiter à son amie ce lieu magnifique.
Ce soir là, les enfants avaient dû se coucher tôt, car le lendemain, ils se lèveraient à l’aube.
Dans la rue, Nathalie était impressionnée par l’agitation qui régnait dans la ville. Dès
qu’elle partit de la maison, elle ne lâcha pas la main de Kiru. Mais, elle fut vite rassurée, Aménos ne quittait pas des yeux les enfants. Il prit sous sa protection la petite fille. Elle lui avait dit qu’elle ne connaissait pas Thèbes, puisque ses parents venaient de s’installer dans la région. Dès lors, il lui expliqua ce qu’elle voyait :
– Tu vois, ces maisons sont fabriquées avec des briques en terre crue. Ces briques sont constituées à partir de paille et d’argile, mélangés par les esclaves. Cette préparation est ensuite transvasée dans des moules. Les briques durcissent après une exposition prolongée au soleil.
Aménos et les enfants traversèrent ensuite le quartier des commerçants. Des échoppes diverses étalaient leurs marchandises pour appâter d’éventuels clients. Chez un marchand d’étoffes, des mètres de tissu recouvraient le comptoir. Un homme ventait à une femme la qualité de son huile conservée dans des amphores. En passant devant une autre où des fruits délicieux étaient exposés aux yeux de tous, Nathalie, gourmande comme elle l’était, s’imagina mordre dans une figue juteuse. Elle restait attentive à tout ce qui se passait autour d’elle. Des hommes sculptaient la statue en pierre d’un inconnu, dans la fraîcheur de leur atelier. Les rues étaient bruyantes : les marchands interpellaient les clients afin de vendre leurs marchandises, des groupes de gens discutaient, les chevaux hennissaient dans le choral d’une écurie, les roues d’un char appartenant à un riche notable crissaient en roulant à vive allure sur la route.   
Au coin d’une rue, Nathalie vit un homme, accroupi par terre, adossé à un mur ; il écrivait sur un rouleau de papyrus déroulé sur une tablette en bois. Elle demanda à Kiru :
– Kiru, qu’est-ce que fait cet homme ?
– C’est un scribe. Quand une personne veut écrire un message, elle fait appelle à lui. Son travail est d’écrire pour les autres. Les pauvres ne savent pas écrire, alors que les scribes ont appris à dessiner les hiéroglyphes. Très jeunes, les enfants veulant devenir scribe, vont dans une école spéciale. Moi aussi j’y vais. J’ai même un professeur très sévère. Si je ne lui obéis pas, il me bat.
Nathalie était impressionnée de ce que lui avait dit Kiru. Sa maîtresse, une jeune femme très gentille, était aimée par ses élèves. Elle ne donnait presque jamais de punitions. Nathalie n’aurait pas voulu être à la place de Kiru, elle préférait son institutrice.
 
Aménos et les enfants s’éloignèrent du quartier des commerçants. Les échoppes laissaient la place à des villas ressemblant à celle de Kiru.
Nathalie écarquilla les yeux lorsqu’elle vit devant elle l’imposant palais. Elle ne s’attendait pas à ce qu’il soit aussi grand. Elle n’était pas tranquille lorsque le petit groupe emprunta l’allée des sphinx. Deux robustes soldats gardaient l’entrée où deux immenses statues en pierre l’encadraient. Ils portaient une sorte d’armure et tenaient une lance, prêts à s’en servir si une personne voulait entrer de force. Nathalie avait peur de passer entre eux. Elle n’avait même pas osé lever la tête pour admirer les statues. Aménos attira son attention :
– Si tu lèves la tête, tu pourras apercevoir la loggia. Lors de certaines cérémonies, le pharaon et sa famille sont debout sur ce balcon, afin de saluer le peuple.
Aménos et les enfants passèrent sous le porche et traversèrent la grande cour qui mesurait plusieurs dizaines de mètres de long. En levant la tête, Nathalie put admirer le ciel bleu azur. Son regard fut aussi attiré par les colonnes décorées de fresques qui entouraient la cour. Elle n’eut pas le loisir de voir de plus prêt les peintures murales ; elle devait rejoindre Kiru et son père qui s’éloignaient à grands pas. En cette heure matinale, le palais était peu fréquenté. Ils ne croisèrent personne jusqu’au bureau d’Aménos où un homme les attendait. Aménos fit les présentations :
– Nathalie, je te présente Théosis, le meilleur scribe que je connaisse.
– Théosis, je te présente Nathalie, une amie de mon fils. Je n’ai pas besoin de te présenter Kiru que tu connais déjà.
Théosis salua la petite fille :
– Nathalie, je suis très content de faire ta connaissance.
Nathalie rougit, elle n’avait jamais vu un homme si beau et paraissant si intelligent, lui montrer de telles intentions.
Théosis demanda à Kiru :
– Pourquoi es-tu venu au palais ?
Kiru lui répondit :
– Je voulais montrer le palais à mon amie. Elle n’y a jamais été.
Kiru avait su quoi lui répondre, car avant de venir, il avait préparé ce qu’il devait dire si on lui posait cette question.
Après ces salutations, Théosis informa Aménos que le pharaon serait absent aujourd’hui, parce qu’il était parti à la chasse au lion. Dès lors, le vizir avait tous les pouvoirs. Comme Aménos devait passer la journée à retrouver le voleur du héqua, il sera trop pris pour s’occuper des enfants. Il leur dit :
– Je ne peux pas m’occuper de vous, car j’ai trop de travail. Il s’adressa à Nathalie, j’espère que tu n’es pas déçue. Mais, je suis persuadée que Kiru te fera visiter le palais mieux que moi. Il le connaît par cœur, dans ses moindres recoins. Je suis persuadé qu’il est au courant de passages secrets qui me sont inconnus, ajouta-t-il, en jetant un regard malicieux à son fils.
par Delphine Joly publié dans : Nathalie et le vol mystérieux
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Lundi 25 juin 2007
Chapitre IV : La terrible nouvelle
 
 
         – Ouh, ouh ! Où es-tu ? Cria Kiru.
Après avoir terminé sa rédaction qui lui avait paru interminable, Kiru se mit à la recherche de Nathalie dans tous les recoins de la maison et du jardin. Il se dit : « Mais où s’est-elle fourrée ? En plus la maison est grande, j’espère qu’elle ne s’est pas perdue. »
Il  fit le tour du jardin, il ne la trouva toujours pas. Il le devait absolument, sa mère lui avait  annoncé que le dîner sera bientôt servi. Les enfants mangeaient avant les adultes, car son père rentrait tard le soir. Kiru se rendit aux écuries, mais il ne la vit pas. Il avait chaud à force de courir dans tous les sens, il s’arrêta alors à la fontaine pour s’asperger le visage avec de l’eau fraîche. Fatigué d’avoir tant marché, il s’assit sur le rebord en pierre. Soudain,  il trouva dans l’herbe une sandale en cuir rose à fleurs brodées. Il comprit que Nathalie ne devait pas être très loin. Il l’appela à nouveau ; mais elle ne répondit toujours pas. Angoissé,  il allait partir quand il aperçut quelque chose bouger à travers les feuillages. Il courut voir ce que c’était. «  Ouf, c’est Nathalie », se dit-il, soulagé de ne plus avoir à marcher. Nathalie était tellement absorbée dans ses pensées qu’elle ne s’était pas rendue compte que le temps avait passé si vite. Il attira son attention :
– Ouh ! Ouh ! Nathalie ! Ca va ? Demanda-t-il. Je t’ai cherché partout, j’ai cru que tu étais partie. Qu’est-ce que tu as fait en m’attendant ?
– Il fait tellement chaud que je me suis assise sous cet arbre, après avoir plongé mes pieds dans l’eau fraîche. J’ai admiré les fleurs de ton jardin. Elles sont si belles.
En racontant son après-midi, elle avait omis d’avouer qu’elle s’était gavée de dattes. Il  lui dit :
– Je vois que tu as visité le jardin. Demain, je te montrerai l’écurie. Mais il est temps d’aller manger. Je t’ai ramené tes sandales et tes… Comment ça s’appelle ?
– Ce sont des chaussettes. Je te remercie, dit-elle en les prenant.
 
Durant le dîner, les enfants purent apprécier un délicieux poisson cuisiné avec une sauce au miel, ainsi que d’autres mets aussi bons. Nathalie n’avait jamais mangé une telle cuisine ; pourtant elle ne fit pas la difficile. Elle goûta à tous les plats qu’on lui présenta, même si elle n’avait plus tellement faim. Au dessert, les enfants eurent des dattes  présentées en une pyramide. Nathalie n’en avait jamais vues d’aussi grosses, même celles qu’elle avait mangées à la dérobée dans le jardin, n’étaient pas ainsi. Loin d’être rassasiée de ce fruit, elle en ingéra un grand nombre.
Dès la fin du repas, les enfants se réfugièrent dans la chambre de Kiru. Nathalie s’intéressa à un rouleau de papyrus soigneusement rangé sur une étagère. Elle le déroula.
– Qu’est-ce qui est écrit sur cette feuille ? Demanda-t-elle.
– C’est un vieux conte. Tu veux que je te raconte cette histoire ?
– Oh, oui ! Répondit-elle joyeusement. Attends ! Je m’installe.
Elle s’allongea par terre sur le ventre, prête à écouter ce conteur improvisé.
– C’est l’histoire d’un marin qui est parti sur un grand navire, afin de se rendre dans un pays où il y a les mines de cuivre du pharaon. L’équipage se composait de cent vingt marins, choisis parmi les meilleurs. Un jour, une terrible tempête se leva et le navire sombra. Tout l’équipage mourut, il fut noyé dans la mer déchaînée, sauf le marin. Il avait réussi à s’accrocher à une planche du bateau. Il dériva pendant trois jours. Le troisième jour, il accosta sur une île où poussaient des fruits avec lesquels il put se nourrir. Ce même jour, il entendit un bruit de tonnerre. Les arbres s’abattirent sur le sol et la terre trembla. Il eut si peur qu’il se cacha les yeux avec les mains. Lorsqu’il les enleva, il vit un grand serpent qui brillait comme de l’or au soleil. Le reptile prit le naufragé dans la gueule et l’emmena dans sa caverne. Il lui dit amicalement : « Tu dois rester quatre mois dans l’île pour le bon plaisir des dieux. Si tu supportes ton sort pendant tout ce temps, un navire viendra d’Egypte. Il te reconduira auprès de ta femme et de tes enfants. » Le marin fut si heureux d’être encore en vie qu’il promit au serpent de demander au pharaon d’envoyer d’Egypte un navire rempli de trésors. Le serpent lui répondit que ce n’était pas nécessaire, car il était le riche roi de Pount et n’avait besoin que d’un ami pour lui tenir compagnie. Il ajouta que cette île s’engloutira dans la mer, dès que le marin aura quitté l’île. Après quatre longs mois, un navire égyptien arriva dans l’île. Comme le serpent l’avait promis au marin, il le relâcha. En outre, il lui offrit une cargaison de myrrhe, une résine odorante, d’huile parfumée, de cannelle, d’ivoire, de fourrures, des lévriers, des singes et bien d’autres trésors. Le marin revint dans son pays et devint un homme très riche.
– Comme elle est belle ton histoire ! C’est la première fois que j’en entends une avec un gentil serpent.
–  Oui, ici les serpents sont un symbole de protection, notamment de la famille royale.
 Plus tard, il lui proposa :
– Comme nous n’allons pas nous coucher tout de suite, nous pourrions jouer à la balle dans le jardin.
– Oui, bonne idée !
Les enfants étaient tellement occupés à se lancer mutuellement la balle qu’ils n’entendirent pas le père de Kiru rentrer du palais. Dès qu’un esclave les prévint, le visage de Kiru s’illumina :
– Vient Nathalie ! Je vais te présenter mon père. C’est l’homme le plus important après le vizir. Ajouta-t-il plein de fierté.
Les parents étaient installés dans des fauteuils au centre du salon donnant sur le jardin. Les enfants s’approchèrent à pas de loup ; Kiru voulait faire une surprise à son père. Quand il vit son visage préoccupé, il devint anxieux à son tour. Il se dit : Qu’est-ce qui peut bien se passer ? « Nathalie  et lui, cachés derrière une colonne, restèrent à écouter les adultes discuter. Même s’il savait qu’il n’en avait pas le droit, il écouta attentivement la conversation.
Thouéris, n’ayant pas vu les enfants,  demanda à son mari :
– Je suis inquiète pour toi. Tu n’es pas aussi enjoué que d’habitude. Il s’est passé quelque chose aujourd’hui ?
Aménos marcha de long en large.
– Je ne sais pas si je devrais t’en parler.
Thouéris lui prit sa main.
– Tu sais que tu peux tout me dire. Cela fait si longtemps que nous sommes mariés.
D’un air grave, Aménos se mit à raconter.
– Cette après-midi, je vérifiais que les moyens de sécurité soient en place pour la prochaine visite du roi nubien qui doit venir d’ici quelques jours. Mais, j’ai été interrompu dans mon travail par un prêtre. Si tu avais vu sa tête, il semblait accablé. Il me dit : « il y a une catastrophe ! »Je lui ai demandé de quoi il s’agissait.  Le prêtre jeta des regards anxieux dans la salle où nous étions avant de me murmurer à l’oreille: « Le héqua a disparu. » Tu te rends compte ! le héqua…volatilisé…pfuit ! C’est une nouvelle terrible, le pouvoir du pharaon est en péril, ma propre vie est en danger, et par là même la votre, Kiru et toi. Je dois absolument le retrouver » dit-il, d’une voix haletante et le regard désespéré. Thouéris, mon amie, n’a-tu pas une idée à me soumettre ?
Thouéris, toujours sereine et ayant toujours montré une confiance sans faille à son époux, lui sourit :
– J’ai foi en toi. Je suis persuadée que tu auras une idée. Bientôt, la cérémonie en l’honneur du roi nubien aura lieu et le héqua sera retrouvé. Mais, en attendant, tu dois reprendre des forces et te reposer. Demain, tes idées seront plus claires, tu trouveras sûrement une solution.
Durant toute la conversation, Kiru et Nathalie restèrent immobiles. Nathalie avait même retenu sa respiration de crainte qu’on s’aperçoive de sa présence. Kiru dont le visage devint blême, avait peur pour la vie de son père. Il savait qu’il pourrait être condamné à mort par le pharaon, si le voleur du héqua n’était pas retrouvé. Dès que les adultes s’éloignèrent, Nathalie interrogea son ami :
– Qu’est-ce qu’il se passe ? Ton visage est livide. Qu’est-ce que c’est un héqua ? Pourquoi ton père peut-il mourir ?
Kiru s’assit sur les marches de la terrasse. Après s’être ressaisi, il répondit à Nathalie:
- Le héqua est le sceptre du pharaon. Il représente la crosse du berger. Si mon père ne le remet pas à sa place, il sera sûrement condamné pour trahison envers le pharaon. En outre, le pharaon pourrait être renversé. Les prêtes pourraient en profiter pour prendre le pouvoir. Ils n’attendent que cela. Kiru prit une voix plus rassurante. Je suis sûr que mon père retrouvera le voleur, c’est un homme intelligent. Mais, en si peu de temps, il aura besoin d’aide.
Nathalie hésita, puis elle laissa échapper :
– Si nous l’aidions ? Nous pourrions chercher le voleur.
– C’est une bonne idée ! S’exclama Kiru. Comme nous sommes des enfants, les adultes ne se soucieront pas de nous, ils répondront plus facilement à nos questions. Demain, mon père doit se rendre au palais, nous pourrions aller avec lui. Je donnerais comme excuse que tu veux visiter le palais. Je pense que mon père sera d’accord. Il m’a déjà emmené plusieurs fois ; il adore que je vienne.
– Tu oublies que tu as école demain, lui rappela Nathalie.
– Ah ! Mince ! Je n’y avais pas pensé. Je dirais à mon père que demain l’école est fermée pour une raison quelconque.
– Je ne pense pas qu’il croit à ce mensonge, le prévint-elle.
– Si tu vas voir. Il est en ce moment tellement préoccupé qu’il ne vérifiera pas.
 
Ainsi, le reste de la soirée, les enfants échafaudèrent un plan pour déterminer ce qu’ils allaient faire le lendemain. Peu après, ils convinrent qu’ils allaient d’abord interroger le prêtre ayant découvert le vol.
par Delphine Joly publié dans : Nathalie et le vol mystérieux
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Jeudi 26 avril 2007
Chapitre III : Une soirée enrichissante
 
 
 
Les enfants avaient tout de suite sympathisé. Durant l’après-midi, ils s’amusèrent ensemble. Kiru apprit même à Nathalie à jouer aux osselets.
 Dans la soirée, la mère de Kiru, Thouéris, les rejoignit. Dès que Nathalie la vit, elle se leva et la salua :
– Bonjour Madame ! Dit-elle poliment.
– Bonjour Mademoiselle ! Comment t’appelles-tu ? Demanda Thouéris avec douceur.
– Je m’appelle Nathalie.
– Quel nom étrange ! S’exclama-t-elle
– Mes parents ne sont pas de la région, se justifia Nathalie.
– Cela explique ton nom. Sois la bienvenue dans cette maison. Ainsi, tu vas passer quelques jours chez nous ? J’espère que tes parents sont prévenus.
– Oui, bredouilla-t-elle. Ne vous inquiétez pas.
– Kiru, tu pourrais faire visiter la maison à ton amie.
– Bien sûr, dit-il avec enthousiasme. J’aurais dû y penser avant.
Kiru prit la main de Nathalie et l’emmena.
– Je vais te montrer la plus belle pièce de la maison. C’est là que de grands festins sont organisés. Mon père est un homme important : il est conseiller du pharaon. Il est chargé de la sécurité du palais et de la ville.
Nathalie buvait les paroles de Kiru ; elle était loin de se douter que son ami était le fils d’un personnage aussi important.
– Voilà la salle dont je t’ai parlé, dit-il avec fierté.
Nathalie écarquilla les yeux devant ce spectacle.
– Ou ah ! Qu’est-ce que c’est beau !
Elle ne s’attendait pas à une salle aussi richement décorée. D'immenses fresques décoraient les murs .Elles représentaient des hommes, des femmes, des animaux et des scènes de la vie quotidienne des habitants de Thèbes. Six colonnes, plantées de par et d’autre de la pièce, étaient ornées de peintures. Et il y faisait frais, l’épaisseur des murs protégeant de la chaleur extérieure. Nathalie demanda à kiru :
– Qu’est-ce que c’est ces dessins ?
– Ce sont des hiéroglyphes. C’est comme ça qu’on écrit.
– Pourrais-tu me montrer comment tu fais ?
– Oui, tout à l’heure, quand je ferais mes devoirs.
Après cet intermède, la visite reprit. Kiru se chargea de la commenter.
– Dans cette salle, mes parents organisent de grandes fêtes. Des personnes prestigieuses y sont invitées. C’est un honneur pour eux d’y être conviés. C’est la plus belle pièce de la maison, les autres n’ont pas d’aussi belles peintures. Elle présente une particularité. Viens voir !
Nathalie rejoignit Kiru, debout près d’une ouverture. Celle-ci n’avait pas de vitre. Quand elle fut au niveau de son ami, elle fut éblouie : un splendide jardin s’étalait devant elle comme un tapis. Une fontaine en pierre représentant un animal était au centre, le soleil projetait ses rayons lumineux sur l’eau qui jaillissait de la fontaine, formant un petit arc-en-ciel. Une multitude de plantes exotiques avait poussé de façon anarchique. Des fleurs aux couleurs chatoyantes  enivraient les promeneurs de leurs parfums. Nathalie n’avait jamais vu une végétation aussi luxuriante. Kiru quitta la pièce. Nathalie qui s’était attardée lui courut après.
– Attends-moi ! Cria-t-elle.
Il l’attendit. Quand elle le rattrapa, il lui dit, tournant la tête vers une fenêtre :
– Tout à l’heure je te ferai visiter le jardin. Là-bas, on peut apercevoir le toit des écuries, mon père possède plusieurs chevaux, ils servent à tirer son char. Puis, il y a l’atelier de tissage. Les serviteurs y tissent les tuniques et les pagnes. Maintenant, je vais te montrer la salle commune où nous prenons nos repas.
Dans cette salle qui équivaut à notre salle à manger, Nathalie put admirer les meubles. Ils étaient décorés de peintures colorées et de feuilles d’or. Ils semblaient si beaux que Nathalie n’osa pas y toucher. Pourtant, elle avait la manie de toucher à tout. Souvent, elle se faisait réprimander par sa mère pour cette raison.
Peu après, elle eut l’occasion d’admirer de nouveau le jardin, lorsque Kiru lui montra la terrasse. De grands fauteuils étaient placés dans un coin. La douce chaleur du soleil et cette vue rendaient cette pièce agréable pour recevoir des amis intimes ou pour se reposer. Après avoir repris leur souffle, affalés sur les fauteuils, les enfants empruntèrent un escalier en pierres. Au premier étage, Kiru expliqua à quoi correspondaient les différentes pièces :
– La pièce au fond de ce couloir est la chambre de mes parents. Je ne peux pas te la montrer. Mais, je vais te faire voir la mienne. Il rentra d’abord dans la chambre de sa sœur. C’est là que tu vas dormir. Ma sœur est chez ma tante pour quelques jours.
Cette pièce, très lumineuse, avait un balcon donnant sur une mare. Dans son eau transparente, on pouvait apercevoir des poissons, des nénuphars aux feuilles vert foncé et des fleurs rose pâle. Nathalie s’assit sur le lit en alcôve. Elle était impressionnée par les dorures de ce meuble qui accrochaient la lumière Une petite table et son tabouret avec les décorations assorties étaient de l’autre côté du lit.
Kiru attira son attention :
– Tu pourras mettre tes affaires dans ce coffre. J’ai fait de la place.
– Oh, comme il est beau avec toutes ces fleurs peintes ! Je voudrais bien en avoir un semblable.
– Si tu veux, ce coffre t’appartient jusqu’à ton départ.
Contrairement à la chambre de sa sœur, celle de Kiru était en désordre : des papiers recouvraient  entièrement le sol. Kiru, un peu honteux, enroula soigneusement les rouleaux de papyrus et les rangea dans un coffre en bois sculpté. Nathalie l’aida prestement. Elle lui demanda :
– Qu’est-ce que c’est tous ces papiers ?
– Sur ces rouleaux là, ce sont des histoires écrites par de grands auteurs égyptiens, grecs ou romains. Sur les autres rouleaux, je fais mes devoirs.
– L’écriture égyptienne est très belle avec tous ces dessins. Ce n’est pas comme la mienne.
– Tu ne dessines pas des hiéroglyphes ?
– Non. Veux-tu que je te montre comment j’écris ? Il me faut du papier et un stylo.
– Qu’est-ce que c’est un stylo ? Demanda Kiru.
Etonnée, Anne Line s’exclama :
– Tu ne sais pas ce qu’est un stylo ! Elle tenta de lui expliquer. C’est un objet permettant d’écrire. Elle prit un bout de bois qui traînait. On le tient de cette façon, on appuie sur la feuille et de l’encre noir ou bleu sort d’un petit trou.
– Je n’ai pas de stylo. Mais, je peux te passer ça.
Kiru lui tendit une sorte de tige.
– C’est un calame, une tige de roseau taillée.
– Comment s’en sert-on ? Demanda Nathalie qui regardait l’objet avec curiosité
Kiru lui expliqua comment fabriquer de l’encre liquide à l’aide d’une pastille d’encre noir et d’un peu d’eau et commença à dessiner un demi cercle sur une feuille de papyrus.
– Ce dessin représente le mot pain.
– Je peux essayer, demanda-t-elle
Nathalie prit la tige. Elle la tenait maladroitement. Mais, elle dessina tant bien que mal le mot pain à coté de celui de Kiru.
– C’est bien dessiné ?
– Oui, très bien. Et toi, de quelle façon écris-tu ?
Nathalie se mit à écrire la phrase : « Kiru est mon ami. »
– Que signifient ces mots ?
Nathalie lut à haute voix la phrase. Elle vit peindre de l’étonnement sur le visage de Kiru. Il se dit : « Cette écriture est très différente des hiéroglyphes ». Kiru tenta à son tour d’écrire cette phrase, quand une esclave frappa à la porte.
– Entre Missi.
– Monsieur, Madame demande si vous avez fait vos devoirs.
– Dites à ma mère que je les fais.
L’esclave partit aussi silencieusement qu’elle était venue.
– Comme tu as dû l’entendre, je dois faire mes devoirs. Nous ne pouvons pas jouer maintenant. Tu vas t’ennuyer si tu restes, tu ne peux pas passer ton temps à me regarder. Qu’est-ce que tu pourrais faire, en attendant ?
– Je pourrais peut être t’aider. Proposa-t-elle avec enthousiasme.
– Non, ce n’est pas possible. Tu es bien gentille, mais il est difficile de dessiner des hiéroglyphes. Cela demande des années d’apprentissage pour apprendre les principaux. Tu pourrais visiter le jardin. Je t’y rejoindrais dès que j’aurais finis.
– D’accord, je vais explorer ton jardin. Il est si beau.
 
Nathalie marchait sur une allée bordée de hauts palmiers dattiers et de caroubiers chargées de fruits.  Elle se dit : «  Qu’est-ce que je pourrais bien faire ? Je pourrais être une exploratrice  à la recherche d’un diamant extrêmement rare dans une jungle impénétrable. » A un moment, elle se trouva au pied d’un petit dattier. «  Oh, des dattes ! Qu’est-ce que je fais ? Est-ce que j’ai droit d’en prendre une ? Il ne faudrait pas que je me fasse crier dessus. Si maman était là, qu’est-ce que je prendrais ! » Elles regarda de plus prêt les dattes avec une moue gourmande. « Elles ont l’air appétissantes. C’est pas grave si je me fais punir. Quoique, j’ai entendu dire qu’autrefois les voleurs avaient la main coupée. » Le ventre de la petite fille se mit à gargouiller. « J’en prend une quand même. » Elle en prit une, avec laquelle elle se régala. « Elle est trop bonne. Il faut que j’en prenne une autre. » Ainsi de suite, elle en mangea une dizaine.
Sa promenade se finit à la fontaine. Les rayons ardents du soleil rendaient l’atmosphère intenable. Quand elle vit l’eau claire, elle ne put s’empêcher d’enlever ses chaussettes et ses chaussures. Elle trempa ses pieds dans l’eau fraîche. Une sensation de bien être la submergea. Une fois rafraîchie, elle se coucha sur le dos dans l’herbe, à l’ombre d’un palmier. Elle regardait les nuages passant au-dessus d’elle sur le ciel bleu azur, tels des voiles s’étendant au fur et à mesure de leur avancée.
 
par Delphine Joly publié dans : Nathalie et le vol mystérieux
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Mercredi 21 mars 2007
NATHALIE ET LE VOL MYSTERIEUX
Chapitre I : La machine à remonter le temps
 
         - Maman, dépêche-toi ! Cria Nathalie.
- J’arrive ma chérie, répondit Catherine. Tu sembles bien pressée aujourd’hui.
- Ben oui. Je suis contente d’aller voir tonton Paul, dit Nathalie sautillant devant sa mère.
            En la voyant gambader devant elle comme un cabri, Catherine prit conscience que sa petite fille avait déjà 8 ans. Depuis quelque temps, elle avait changé ; la veille, elle avait déclaré à sa mère qu’elle voulait être traitée comme une grande. D’ailleurs, en l’honneur de son oncle, Nathalie avait préféré ramener ses cheveux châtains en une queue de cheval, alors que jusqu’à présent elle avait toujours porté des couettes.
            Elle courut jusqu’au portail et se mit sur la pointe des pieds pour atteindre la sonnette. Mais, elle n’y parvint pas, car elle était encore trop petite.
- Maman, peux-tu me porter ? Demanda Nathalie, je voudrais appuyer sur la sonnette. 
            - D’accord ! Répondit Catherine.
         Avec l’aide de sa mère, Nathalie réussit enfin à appuyer sur le bouton. Elles entendirent la sonnette retentir à l’intérieur.
La porte s’ouvrit, un homme d’un certain âge, mais ayant gardé son allure d’athlète, apparut. C’était l’oncle Paul, le tonton préféré de Nathalie, ancien mathématicien et physicien. Dans la famille, tout le monde le trouvait bizarre, sauf la petite fille qui l’adorait. Mais elle admettait tout de même qu’il avait parfois un comportement étrange. Ses parents lui avaient même dit une fois qu’il passait ses journées dans un laboratoire à l’intérieur duquel personne n’a jamais pu pénétrer, même pas Cassiopé, le chat gris de la maison.
L’oncle Paul salua ses visiteuses d’un ton affable :
- Venez ! Entrez ! Je suis heureux de vous voir.
Il avait à peine fini sa phrase que Nathalie l’embrassa sur la joue. Quelques minutes plus tard, l’oncle Paul, Nathalie et sa mère étaient assis à table pour prendre le café. Bien sûr, Nathalie qui n’avait pas droit au café dégustait un chocolat chaud selon une recette dont son oncle avait le secret.
Après que le chocolat fut englouti, Nathalie commençait à s’ennuyer, tandis que sa mère et son oncle ne cessaient de discuter. En tournant la tête, elle aperçut Cassiopé, le chat  gris de son oncle, traversant furtivement le salon et se dirigeant vers l’escalier. Nathalie qui voulait le caresser, demanda à sa mère :
- Maman, je peux sortir de table, s’il te plaît ? Je voudrais jouer.
Sa mère qui comprenait le désintérêt de sa fille pour les conversations d’adulte, répondit :
- Je t’y autorise. Mais, avant de t’amuser, va te laver les mains et le visage dans la salle de bain. Tu es couverte de chocolat.
Nathalie descendit de sa chaise. Elle allait sortir de la pièce, quand soudain son oncle l’interrompit dans son élan :
- Nathalie ne va surtout pas dans le sous-sol. Cet endroit est dangereux pour une petite fille.
- Oui, tonton. Je te le promets, lui répondit-elle.
Nathalie obéit à sa mère, elle alla dans la salle de bain. Dès qu’elle eût fini, elle chercha le chat dans le couloir. En vain. Alors,  elle prit son coloriage et ses crayons de couleur qu’elle avait apportés. A chaque fois que Nathalie et sa maman se rendaient chez son oncle, elle ramenait toujours un jouet, car son oncle n’en avait pas. Ainsi, Nathalie coloriait tranquillement  sur la petite table en bois du salon, en essayant de ne pas dépasser les lignes. Cassiopé sortit brusquement du canapé sous lequel il s’était glissé. Il sauta sur la table du salon, donna des coups de tête à Nathalie et s’allongea sur son coloriage. Nathalie, contente de le voir enfin, lui demanda :
- Alors Cassiopé, tu veux des caresses ?
Le chat réagit par un miaulement. Nathalie se mit à le caresser comme s’il s’agissait d’une peluche vivante. Elle s’amusa avec lui sur le tapis usé. Au bout d’un moment, le chat qui semblait en avoir assez, donna un coup de patte à la petite fille et gambada en direction de la cuisine. Elle le suivit. Elle ne voulait pas encore le perdre de vue. Elle sortit du salon et longea le mur du couloir, en essayant de ne pas être vue par Cassiopé. Elle l’aperçut enfin. Il était assis devant la porte du sous-sol et essayait de l’ouvrir avec sa patte. Ces efforts allaient porter ses fruits. Quelques minutes plus tard, il réussit à se faufiler dans l’entrebâillement de la porte. Nathalie s’y engouffra à son tour. Devant l’escalier, ce trou sombre et sans fin, elle se demanda si elle avait bien fait de le suivre.
Malgré les recommandations de son oncle, elle alluma la lumière et descendit précautionneusement.
En bas de l’escalier, elle fut stupéfaite de voir une grande pièce, encombrée de paquets et d’étagères poussiéreuses. En y faisant le tour, elle vit un tableau noir. Toute sa surface était recouverte de formules mathématiques. Elle commençait à peine à lire les inscriptions que Cassiopé l’interrompit en apparaissant à côté d’elle.
- Tiens, t’es là ? Je me demandais où tu étais. Sur quoi es-tu assis ? Ca a une forme bizarre. C’est recouvert d’un drap. Qu’est-ce que ça peut bien être ? Tu n’es pas curieux de savoir ce qui se cache sous ce drap ? Demanda-t-elle à Cassiopé.
Le chat sauta alors à terre. Soudain, un bruit étrange retentit. Il venait de dessous le drap.
            Cassiopé, ayant pris peur, se réfugia sous un grand placard. Nathalie alla le chercher. Elle le vit blotti au fond près du mur. Elle tenta de le rassurer :
- Cassiopé vient, dit-elle, en tapotant le sol avec la main, n’aie pas peur ! Ce n’est rien.
Le chat, le poil hérissé, ne voulait pas bouger.
- A ce que je vois, tu es buté. Tu préfères rester dans le noir et dans la poussière. . Tant pis pour toi, moi je ne suis pas une poule mouillée.
 Nathalie, impatiente, laissa Cassiopé toujours pétrifié. Elle retourna à l’endroit d’où provenait le bruit. Gagnée par la curiosité, elle enleva le drap. Mais, celui-ci résista, car il était accroché à quelque chose. De toutes ses forces, elle tira encore plus fort. Elle y arriva si bien que le drap la recouvrit, de sorte qu’elle ne pouvait plus rien voir. A ce moment là, le bruit cessa. Lorsqu’elle ôta l’étoffe de sa tête, ses yeux s’écarquillèrent de surprise.
Devant elle, un étrange siège ressemblant à celui du dentiste attendait qu’une personne veuille bien s’asseoir. Nathalie se doutait que se siège n’était pas normal. Elle se dit : « Cela doit être la nouvelle invention de l’oncle Paul. Je comprends pourquoi il ne voulait pas que je vienne ici. Ce siège est vraiment étrange avec ses longs bras et ces boutons sur ces deux plateaux. » En effet, le fauteuil avait deux bras mobiles qui se finissaient par deux consoles. Ces dernières étaient constellées de boutons de différentes couleurs qui attiraient irrésistiblement le regard de la petite fille.
 Elle pensa en touchant le fauteuil : « Comme ce siège a l’air moelleux ! Je voudrais bien m’y installer. » Elle regarda de tous les côtés et se dit : « Il y a ni l’oncle Paul, ni maman, pour m’empêcher de l’essayer. » Elle ne perdit pas de temps, elle grimpa sur le siège et s’y assis. Il y avait une ceinture, comme celles que l’on trouve dans les sièges d’avion. Imitant la voix d’une hôtesse de l’air, Nathalie se mit à rêver aux histoires d’aventuriers tel Tintin : « L’équipage du vol 560 à destination de l’autre bout du monde est heureux de vous accueillir à son bord. Mettez vos ceintures car il pourrait y avoir des turbulences … » Elle fit semblant de tenir les commande de cet avion imaginaire.  « Pett Pett Pett …Brrrrrrrrrrrrr…» fit-elle, en imitant le bruit des moteurs qui démarrent.
 Puis, son attention se porta sur les boutons. « A quoi peuvent-ils bien servir ? », se demanda-t-elle. Elle vit un cadran indiquant « – 1450 siècle avant Jésus Christ » et un autre «  Egypte ». « Ah non, finalement ce sera l’Egypte ! Ca n’est pas mal non plus, mais pas assez loin pour moi. J’aime trop l’aventure. » Dit-elle d’un ton moqueur.  Elle entendit du bruit provenant du rez-de-chaussée. «  Il vaut mieux que je descende si je ne veux pas me faire disputer par maman ou par oncle Paul, » se dit-elle. Elle s’apprêtait à le faire. Mais, sans le vouloir son coude toucha un gros bouton rouge.
Un bruit strident s’échappa alors de la machine. Nathalie s’affola : «  Qu’est-ce qui se passe ? Qu’est-ce que j’ai fait? » Elle regarda le bouton rouge qui s’était mis à clignoter, elle lut l’inscription au-dessus « marche ». Nathalie n’eut pas le temps de faire quoi que ce soit, un halo de lumière entoura la machine qui se mit à trembler. De peur, elle s’assit au fond du siège et s’accrocha aux accoudoirs. La lumière s’intensifia. Mais, Nathalie ne voyait rien. Elle garda les yeux fermés de toutes ses forces et elle se mit à prier comme sa mère lui avait appris : « Faite seigneur que je ne meurs pas et que je n’aille pas en enfer parce que j’ai déso…. ».
La machine se volatilisa.
Quand le chat sortit de sa cachette, il fut surpris de voir que la machine et Nathalie avaient disparu.
 
En haut du tableau noir, écrit à la craie, on pouvait lire : « La machine à remonter le temps. »
 
par Delphine Joly publié dans : Nathalie et le vol mystérieux
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Mercredi 21 mars 2007
Chapitre II : Kiru
 
 
 
 
Une minute plus tard, la machine cessa de tournoyer. La lumière qui l’enveloppait disparut. N’étant plus secouée, Nathalie prit courage, elle ouvrit ses yeux. Mais, elle se demandait si elle les avait bien ouverts, parce que tout était sombre autour d’elle. Comme elle avait peur que la machine recommença à bouger, elle sauta prestement à terre. Elle marcha un peu en zigzags. Petit à petit, ses yeux s’habituèrent à l’obscurité. Elle put discerner ce qui se trouvait dans la pièce. Une toute petite fenêtre diffusait de la lumière. Elle aperçut des étagères le long d’un mur. Elle se dit : « Il n’y a plus les vieux cartons. Je ne dois plus être chez mon oncle.  Où est-ce que je pourrais bien être ?» Elle constata en s’approchant que ces étagères regorgeaient d’une grande variété d’aliments soigneusement rangés : des légumes, des fruits… Elle vit aussi des bocaux qui semblaient étiquetés. Mais, il faisait trop sombre pour qu’elle puisse lire les étiquettes. Au bout de la rangée, son attention se porta sur une assiette où débordaient des gâteaux, du moins c’est ce qui semblait être pour Nathalie. Elle les huma. « Ils sentent bon », se dit-elle.  Elle avait l’eau à la bouche. Elle tendit le bras pour en saisir un. Soudain la porte s’ouvrit. Une lumière éclatante l’éblouit. Lorsque la porte se referma, Nathalie crut rêver : elle vit devant elle un garçon qui tenait une lampe étrange. D’ailleurs, il n’y avait pas que la lampe, le garçon aussi était étrange. Sa tête était presque entièrement rasée, sauf une petite tresse sur le côté. En haut, il était nu et en bas, il portait un pagne. Le garçon était aussi étonné qu’elle. Intrigué, il lui demanda :
– Qu’est-ce que tu fais ici ? Tu ne devrais pas être là.
Nathalie, qui ne savait pas quoi répondre, lui avoua :
– Je ne sais pas où je suis. Peux-tu me le dire ? Demanda-t-elle avec un regard implorant.
Elle commença à pleurer. A son arrivée, elle était curieuse de découvrir le lieu où elle avait atterri. Maintenant elle se sentait seule. Le garçon compatit, il lui essuya les larmes et la rassura. Il lui expliqua où elle se trouvait :
– Tu es chez moi, dans la pièce où on entrepose la nourriture. Je vais essayer de t’aider. Mais, pas tout de suite. Tu vois le plat contenant les gâteaux ! Je dois l’apporter tout de suite à ma mère qui reçoit une invitée. Dès que je le peux, je reviendrai et on essayera de résoudre ton problème. En attendant, tu restes ici. Tu es en sécurité. Personne ne viendra. La cuisinière est malade.
Il prit le plat et le présenta à Nathalie :
– Tu en veux un ?
– Qu’est-ce que c’est ? Lui demanda-t-elle entre deux hoqués.
– Ce sont des gâteaux au miel, préparés par ma mère. Goûte ! Ils sont délicieux.
Elle en prit un, le porta à ses lèvres. Un sourire apparut sur son visage.
– C’est délicieux ! Merci.
– Tu restes ici. D’accord ?
– D’accord.
Le petit garçon sortit de la pièce. Nathalie se retrouva de nouveau toute seule. Mais, maintenant elle se sentait mieux. Elle savait qu’elle venait de trouver un ami qui lui viendrait en aide. Comme elle s’ennuyait, elle examina les étagères qui se trouvaient devant elle. Elle se mit à bailler plusieurs fois de suite et ressentit une grande fatigue, certainement due aux derniers évènements de la journée. Dans un coin, elle vit de vieux sacs de toile sur lesquels elle s’allongea.
Une heure plus tard, le petit garçon revint. Après avoir cherché longuement Nathalie dans le cellier, il la trouva endormie. Elle s’était enroulée dans les sacs de toile. Il la secoua doucement :
– Réveille- toi !
Nathalie ouvrit les yeux et s’étira.
– Sans faire exprès, j’ai du m’endormir, dit-elle pour se justifier.
Kiru s’assit à côté d’elle.
– Comment tu t’appelles ? Lui demanda-t-il.
– Je m’appelle Nathalie. Et toi ?
– Kiru.
Kiru, qui ne manquait pas de toupet, ajouta :
–Ton nom est étrange, sans parler de tes vêtements.
– Et toi, pourquoi ne portes-tu pas de vêtements en haut ?
– Mais, c’est normal ! Tous les garçons de mon âge sont habillés ainsi.
– Oh ! Là d’où je viens, les garçons se baladent comme ça qu’à la plage ou à la piscine. Je peux savoir où je suis, demanda Nathalie qui avait un autre sujet de préoccupation.
– Tu es chez moi. Comment cela se fait-il que tu ne saches pas où tu es, alors que tu es dans ma maison ?
Nathalie semblait embarrassée. Elle ne savait pas comment expliquer à son nouvel ami de quelle façon elle avait atterri là. Kiru voulut la mettre en confiance :
– N’aies pas peur. Je ne dirais rien à personne, même à mes parents.
Nathalie qui se sentit rassurée commença à tout lui raconter depuis la visite chez son oncle.
–  Après avoir bu mon chocolat avec mon tonton et ma maman, j’ai joué au jeu du détective privé. J’ai suivi Cassiopé sans me faire voir.
– Qui est Cassiopé ? Demanda Kiru, en interrompant l’histoire de son amie.
– Cassiopé est le chat de mon oncle. Il adore dormir sous le sofa.
– Un chat ? Ici on appelle ça un « miou ». C’est un animal sacré et il est très utile pour protéger les réserves de nourriture des assauts des rongeurs.
Nathalie, interloquée par cette réponse, continua tout de même son histoire. Kiru n’osa plus l’interrompre même s’il ignorait ce qu’est un sofa.
– J’ai suivi Cassiopé jusque dans le sous-sol. Là, je n’ai vu que de longues étagères encombrées de vieux cartons et pleins d’autres objets. Cassiopé que j’avais perdu de vue est arrivé. Il a sauté sur un truc. Ca a fait un bruit effrayant. Il a eu si peur qu’il s’est enfoui sous un meuble. Au début, je n’ai pas vu ce que c’était. Un drap le recouvrait. Quand je l’ai enlevé, j’ai été surprise. Je ne m’attendais pas à ça. C’était une grosse machine. Elle ressemble à un fauteuil. Tu veux la voir ? Elle est dans ce coin là-bas. J’ai mis des sacs de toile pour qu’on ne le remarque pas.
Nathalie lui montra la machine du doigt. Ils s’approchèrent. Kiru  enleva les sacs avec précaution. Il fut ébahi de surprise lorsqu’il découvrit un siège bien étrange.
– Tu es arrivée ici avec ça ? Demanda-t-il impressionné.
– Oui. Mais, je ne sais pas comment j’ai fait. Je me suis assise dessus. Sans faire exprès,  j’ai appuyé sur ce gros bouton rouge.
Elle repensa aux indications données par les cadrans du fauteuil. Elle se hasarda à demander le lieu exact où elle se trouvait et la date d’aujourd’hui. Kiru lui répondit :
– Tu es à Thèbes, une ville au bord du Nil au sud de l’Egypte.
Elle était étonnée, mais aussi effrayée d’apprendre cette nouvelle. Elle ne savait pas où était située exactement cette ville. Mais, elle se doutait bien que Thèbes n’était pas à côté de chez elle. Elle ne pensait pas que la machine la mènerait si loin. Elle se lamenta :
– Je suis très loin de chez moi. Apeurée, elle demanda à son ami, comment vais-je faire pour rentrer chez moi ? Est-ce que tu pourrais m’aider ? Tu es la seule personne que je connais.
Sa réaction fut d’autan plus vive, lorsqu’elle apprit la date. Kiru avait l’air pensif :
– Qu’est-ce que l’on pourrait bien faire. Je ne sais pas comment t’aider. Après avoir réfléchi longuement, il eut une idée :
–Je connais une personne qui sera quoi faire.
– Qui ? Questionna-t-elle intriguée.
– Un ancien scribe. Il est réputé pour son intelligence et surtout pour sa sagesse. Ici, il est respecté de tous. Aujourd’hui, il est conseiller du pharaon. Je suis sûr qu’il saura te renvoyer chez toi.
Kiru déambula dans la pièce :
– Mais, il y a un problème. Je ne pourrais pas le voir demain.
– Pourquoi ?
– Je vais à l’école des scribes. Demain, en plus, je dois rentrer tôt. Mes parents organisent une fête. J’y pense, où vas-tu dormir ce soir ? Après quelques minutes de réflexion et d’hésitation, il lui proposa, tu vas dormir à la maison. Je vais faire croire à ma mère que tu es une amie qui veut passer quelques jours ici. Elle voudra sûrement.
Kiru la regarda de la tête aux pieds :
– Tu ne peux pas te présenter devant ma mère habillée ainsi. Il faut que tu te changes. Je sais ce que je vais faire : je vais emprunter une robe à ma grande sœur. Comme elle est aussi grande que toi, elle t’ira.
Kiru revint un instant plus tard avec la robe. Il avait profité de l’absence de sa sœur pour  la prendre. Si elle avait été là, elle n’aurait sûrement pas été d’accord pour lui en prêter une. Quand Nathalie l’enfila, elle était déçue de ne pouvoir se regarder dans un miroir. La lumière de la lampe à huile l’éclairait à peine. Mais, elle apprécia tout de même la finesse du tissu. Il était si fin qu’il était presque transparent :
– Qu’est-ce que c’est ? Demanda-t-elle en caressant l’étoffe.
– C’est du lin. Cette robe a été confectionnée par ma mère avec nos métiers à tisser, répondit Kiru.
– Qu’est-ce que c’est le lin ?
Kiru qui restait patient face à toutes ces questions, lui expliqua :
– C’est une plante qui est cultivée dans les environs. Avec les tiges, les tisserands font des vêtements comme celui que tu portes. Une fois, ma mère m’a montré comment le lin est transformé en tissu.
 
Dans la grande cuisine, la mère de Kiru était occupée à donner des ordres pour la confection du repas du soir. La voyant ainsi, Kiru n’osait pas la déranger. Nathalie qui était sortie discrètement du cellier, attendait  près de la porte. Elle avait peur que cette femme refuse de la recevoir. Elle ne pouvait pas voir ce qui se passait dans la salle. Mais elle sentait des odeurs provenant de la cuisine qui ne lui étaient pas familières. Elle avança donc d’un pas. Elle fut surprise de voir une cuisine différente de chez elle. Cette pièce fourmillait de serviteurs. Un homme entra portant sur son dos la carcasse d’un bœuf et  il la suspendit par un crochet dans un coin sombre. Une femme versait un liquide doré conservé dans une jarre en terre cuite dans un pichet. Deux grandes tables de travail regorgeaient de fruits, tels des dattes, des figues, du raisin… et des légumes, comme du chou, des concombres…, des volailles et un gros poisson, ainsi que des plats qu’elle ne connaissait pas. De la soupe mijotait dans une petite marmite posée sur des braises incandescentes. Une esclave au teint doré la remuait régulièrement. Une jeune femme d’une grande beauté vint pour la goûter. Elle portait comme la petite fille une longue tunique en lin plus transparente que la sienne. La blancheur du tissu faisait un contraste avec sa peau foncée. Au cou, elle portait un large collier d’opales et des bracelets en or. Ses cheveux raides et noirs comme du jais étaient coupés au carré et décorés de bijoux. Son regard doux était mis en valeur par de longs traits en dessous et au-dessus des yeux et destinés à les lui allonger comme l’œilemblème du dieu Ré.
Nathalie entendit soudain la voix de Kiru :
– Maman, est-ce que je peux te parler ?
La jeune femme que Nathalie avait admirée, se retourna et répondit à Kiru :
– Oui. Viens par là. On sera plus tranquille.
Elle sortit de la pièce d’un pas qui semblait majestueux pour la petite fille, Kiru la suivit en faisant un dernier sourire à Nathalie. La petite fille attendit à la même place durant un temps qui lui parut extrêmement long. Au bout de quelques minutes, Kiru courut la rejoindre. Un sourire éclaira son visage. Nathalie comprit que sa mère acceptait de l’héberger. Mais, elle voulut en avoir la confirmation :
– Comment cela s’est passé ? Ta mère accepte que je reste ici ?
– Attends, je vais tout te raconter.
Ils s’assirent par terre à l’entrée de la cuisine.
– J’ai dit à ma mère que tu es une camarade de classe avec qui je suis ami. Ensuite, je lui ai demandé si tu pouvais rester à la maison durant quelques jours, comme tes parents sont en voyage.
– Mais, ce n’est pas vrai, dit-elle d’un air scandalisé.
– Je sais. Mais, il faut bien justifier ta présence ici. Je continue. Après quelques hésitations et après avoir promis que nous serions sages, elle a donné sa permission. Mais, il faut envoyer chez tes parents, un serviteur pour les prévenir. Nous n’allons pas le faire, comme il n’y a personne à prévenir.
Les deux enfants semblaient très heureux : Kiru avait une nouvelle amie et Nathalie allait vivre durant quelques jours comme une petite fille égyptienne.  
par Delphine Joly publié dans : Nathalie et le vol mystérieux
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